L’ossuaire « cachère » de Pantin

par 3 novembre 2013 Pantin
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Il n’est pas sans intérêt de prendre connaissance de ce qui s’est passé avec l' »ossuaire cachère de Pantin ».

En 1992, il fut annoncé :

« Le 24 septembre 1992 a eu lieu une action historique et unique à l’initiative du Consistoire de Paris : l’inauguration de l’ossuaire du cimetière parisien de Pantin. Cette cérémonie, laquelle assistait une délégation conduite par le Grand rabbin de Paris, répond à une absolue nécessité halakhique. On sait que l’Administration des cimetières fait pratiquer des exhumations chaque fois que la durée des concessions arrive à expiration, ou que l’entretien des tombes n’est pas assurée au-delà de 30 ans après la délivrance, dans le cas des concessions centenaires ou perpétuelles. C’est donc pour éviter des exhumations non conformes aux lois religieuses du judaïsme que le Consistoire de Paris a décidé la construction de l’ossuaire de Pantin, qu’il a entièrement financée. »

 

Cela a l’air bien. Toutefois, onze ans plus tard, une délégation du même consistoire se rend sur place, prend connaissance de la situation de cet ossuaire « répondant à une absolue nécessité halakhique », et remet son compte-rendu. Il semble moins optimiste :

 

Le lundi 3/03/03 – HEVRA KADICHA

Visite au Cimetière de Pantin à 9 heures, en présence de : Messieurs Saada — Bchiri — Guetta Albert — Bitton Jacob — Pierre Brahami.

Le couvercle béton de l’ossuaire Israélite a été retiré par le personnel du cimetière.

La vue de l’intérieur a consterné des membres présents, Mrs Saada et Bitton n’ont pas arrêté de lire les téhilimes jusqu’à la fermeture du couvercle.

Les os étaient mis dans des sacs poubelles noirs non attachés, et ne portant aucune étiquette adresse, aucune date, aucune indication quelconque. Cette vision m’a rappelé les documentaires télévisés après la libération des camps nazie.

3 camionnettes ont déchargé 200 sacs environ. Dans l’ossuaire, actuellement plein, où se trouve au moins 3.000 sacs. Dans une année 800 sacs peuvent être rassemblés. Il faut savoir qu’il faut 3 sacs pour corps. Cela vous donne l’importance de la question à résoudre.

Le Directeur du cimetière est Mr Dupont… Son Responsable hiérarchique est Mr Démorant.

Il sera très difficile d’obtenir les noms et les dates des défunts dont les os ont été mis dans des sacs. Brahami a proposé d’effectuer ce travail administratif gratuitement, malheureusement il a essuyé un refus.

Mr Dupont nous affirme qu’il n’est plus possible de réserver une unité pour la communauté Juive. Le manque de place l’oblige à retirer un corps pour en placer un autre. Il va également devoir refuser d’enterrer à Pantin les corps des défunts qui n’habitaient pas à Paris de leur vivant. Aujourd’hui les places sont occupées à 30/40 % par des franciliens. Une concession à 30 ans, faisant l’objet d’une convocation à la famille, qui reste sans réponse, permet à l’administration du cimetière de retirer le corps pour le mettre dans une fosse commune. Il en est de même pour des concessions à 50 ans. Pour les perpétuelles, sans réponse des familles, les corps sont mis en caissettes étiquetées et datées, puis stockées au Père Lachaise. »

 

Au lieu d’avoir apporté une solution « sur le plan halakhique » (ce qui de toutes manières n’était pas évident du tout pour diverses raisons), cet ossuaire a provoqué une catastrophe : des corps, sortis de leurs tombes, jetés dans des sacs poubelle, puis dans un caveau commun, sans aucun moyen d’identification, sans le moindre respect des règles juives. Est-ce mieux déjà que le dépôt dans des fosses communes ? Nous n’avons pas à juger a postériori, mais il ne fait aucun doute qu’il y avait lieu de régler cette question d’une autre manière !

De nos jours, cet ossuaire est plein, donc il faut croire que l’on continue à jeter à la fosse commune les restes funéraires de Juifs dont le bail est arrivé à expiration, ou pour ceux qui sont exhumés de leurs tombes perpétuelles. A notre connaissance, l’ossuaire du Père Lachaise affiche plein également…

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